Sine Macula

Sine-Macula est le journal de l’atelier ; il est en fait constitué de macules de gravures et de sérigraphies, c’est à dire des rebuts. Le journal n’est là que pour dire l’encre comme dépôt, comme couche, mais aussi manque, tout cela matérialisé sur un support, le papier, qui demeure le réceptacle tangible de ces expériences plastiques, le champ où s’articule la rencontre entre les « écrans ».

(Sine-macula) ou comment évoluer en milieu humide

Parler des différences entre écran numérique et écran de sérigraphie c’est faire apparaître des relations complexes entre le propre et le sale, le sec et l’humide. Le propre et le sec sont devenus des conditions nécessaires au fonctionnement des nouvelles technologies, alors que les technologies rétrogradées au rang d’antiquités, comme la sérigraphie et beaucoup d’autres pratiques, se développaient en milieu humide, produisant leur propre poussière, tâches et autres imperfections qui désormais sèment la terreur dans le monde immaculé de la création digitale Les pratiques artistiques contemporaines consistent bien souvent en l’évacuation des techniques humides. Toute la technologie semble aller vers une étanchéité qui n’est pas loin, parfois, de confiner à l’aseptisation des travaux. Au repentir a succédé l’annulation, bien connue dans la combinaison des touches « Pomme + Z », ou « Alt + Z ». L’humidité et les caractéristiques qui lui sont attachées telles que l’instabilité, le risque de bavure, éventuellement de moisissures etc., se retrouvant être artificiellement réintroduites par des effets qui l’imitent en surface. La mise en relation des différents écrans, et donc des procédés de production d’images, nous permet de faire valoir de façon contrastées ces notions de liquidité et de solidité. La liquidité suppose un contrôle permanent de la trajectoire (jusqu’à la mettre plastiquement en scène dans le dripping). Les techniques humides, de par l’aléa, l’inconfort et l’insécurité qu’elles imposent à l’opérateur, ont aussi pour force cette imprévisibilité qui contraste avec la sécheresse présente dans de nombreux travaux produits sur ou pour des écrans. Cette dimension est d’autant plus importante que l’archivage, et donc la mémoire de l’humanité, a tendance à être systématiquement numérisée comme si l’on pouvait ainsi juguler les outrages du temps. Les cristaux liquides reprennent le dessus sur une technologie qui finalement se joue de l’humidité.

 

Sine-macula functions as the workshop log book ; it is actually a compilation of scrapped etchings or screenprints, that is, basically, waste paper. In the log book, the inking process is recorded in the form of stains, layers or blanks on the pieces of paper which served as a medium for experimentation and survive as tangible evidence of the creative process.

Sine macula or how to flourish in wet zones

Comparing digital screens and silk printing screens inevitably highlights complicated relationships between the sterile and the messy, the dry and the damp. New technologies require a highly sterile and dry environment to function properly, whereas older techniques ―now demoted to vintage status like screen printing or many other media―originally evolved as messy, damp processes, resulting in such by-products as ink-spot, blemishes, and unwanted stains which are now anathema to the flawless, immaculate digital world. Artists now tend to avoid wet media. The drift seems to be towards a properly dessicated mode of creation producing acceptably sanitized works. Exit Pentimento, replaced by Alt+Z or Apple+Z. But at the same time, dampness and its attendant side-effects, fading or running colors, even in some cases mould, are being digitally recreated with the help of special effects meant to imitate the appearance of vintage prints.

Juxtaposing the digital and the printing screen, ie. comparing how artwork is produced, exposes the rival merits of fluidity and solidity. Fluidity requires constant monitoring of the flow of liquid ―to the point of showcasing it in drip painting. Damp techniques impose a certain degree of serendipity, uncomfort and risk to their user, but their very strength lies in this unpredictability, in contrast with the dryness of a lot of digital artwork meant for electronic display.

This characteristic is all the more intriguing as the preservation of documents ― the archiving of Man’s memories ―is more and more systematically entrusted to digital archives, in an impossible attempt to suspend Time’s erosion. It is ironical to note how digital artwork, while studiously shunning wetness, should eventually come to rely on liquid crystals.

Yann Owens