Projet pédagogique années 1 et 2

Projet

De l’impression vers l’édition – avant/pendant/après

Acquérir des moyens plastiques liés à l’image et de porter les étudiants vers une autonomie aussi bien technique que conceptuelle à l’intérieur d’une pratique artistique contemporaine. Par l’analyse de sa pratique au sein de l’atelier impression et en collaboration avec les autres enseignants, il s’agira pour l’étudiant de se rendre compte, des différents points de vue qui doivent être envisagés afin de développer une production plastique cohérente et investie, et de pouvoir expérimenter au maximum des capacités des médiums.

Il est important de proposer à l’étudiant, différentes manières d’envisager l’interaction entre réflexion et production plastiques, ce qui ne semble pas trahir l’esprit du texte de Bachelard : « L’attention plastique met la pratique en état d’émergence. » L’image imprimée e est le produit d’une technique à chaque fois spécifique. C’est cette technique-là, et pas une autre. Chacune va finalement produire. Un type d’image spécifique en y apposant ses marques caractéristiques. L’image imprimée est une image qui s’est incarnée, qui a pris corps et en porte les stigmates. Elle revendique sa «non pureté» et se fonde dans son refus de l’essence ou de l’évanescence. Elle est ancrée, encrée dans le cas qui nous concerne, dans la réalité matérielle qui est la condition même de son existence.

Les images ne se prêtent pas toutes à la technique de la sérigraphie, certaines sont techniquement plus appropriées. C’est manifeste dans le fait qu’une image nécessite un traitement pour pouvoir être « sérigraphiable » c’est-à-dire ne pas subir les « pertes » occasionnées par cette technique mais au contraire anticiper sur ce qu’apporte la sérigraphie et l’exploiter, parfois jusqu’à l’exagération dans une exploitation plastique.

Ainsi, la sérigraphie va s’approprier une image pour en faire autre chose que ce qu’en aurait fait une autre technique. En ce sens, l’image ne préexiste pas à la technique qui l’a produite. Une image ne sort donc jamais indemne du traitement technique auquel elle est exposée. Dans le cadre de la sérigraphie, par exemple, l’image est décomposée en aplats de couleurs et en contours parfaitement découpés, réduites à être appliquées selon le principe du pochoir

Dans le rapport à la technique, on a donc affaire à des moyens (matériaux et engins) et des fins (tâches, opérations) qui s’analysent mutuellement.
Ce sont moins les deux faces qui définissent l’outil que l’interfacialité qui les fait s’analyser mutuellement.
On substitue ainsi au binarisme de l’instrument asservi conjoncturellement à une fin, l’abstraction de l’outil comme élément disponible dans la restructuration implicite de l’activité.

Initiation

Mise en perspective d’une histoire de l’image imprimée

La mobilité et le statut des images imprimées toujours en question, répétées, diffusées déployées et copiées, elles recouvrent des réalités différentes qu’est ce que fabriquer de l’image imprimée aujourd’hui ? Fabriquer une image, c’est mettre en place de façon très concrète la manière dont on donne à voir quelque chose. Il n’y a pas d’image indépendamment de cette production.

Exercices et démonstrations proposées aux étudiants

— Créer un corpus d’images (les sources).
— Commencer à penser les enjeux de la reproductibilité et de la traduction.
— Photocopies : utiliser la photocopie comme typon/ photocopie et sérigraphie
— Premières expériences d’éditions.

Du pochoir

La dissociation fond forme, si elle n’est qu’une réalité d’ordre physiologique, peut être réaménagée plastiquement dans ce qu’on appelle la problématique de la forme et de la contre-forme. Elle constitue le principe même du découpage et du pochoir

Exercices et démonstrations proposés aux étudiants

— Formes papiers découpées insolées, jeux des couleurs, répétitions premières approches du multiple et de l’édition.
— Expériences avec le dessin dans le noir de fumée et ensuite insolées.
— Possibles expériences croisées avec la photographie (la question de l’index).

À l’écran

Il semblerait que l’écran ne soit généralement considéré que comme le moyen, et à ce titre quantité et qualité négligeables, d’une fin qui serait l’image.
À cette conception volontiers utilitariste et, somme toute finaliste , nous pouvons substituer une analyse qui met en évidence la manière dont le moyen et la fin sont dialectiquement imbriqués aussi bien dans l’image que dans l’écran.

(Il serait intéressant de s’interroger sur la question des dispositifs tels que ceux mis en œuvre dans le travail de Greet Billet : numérique + sérigraphie
+ projection (voir « le développement du monochromes dans ses apparitions numériques et analogiques»).

Exercices et démonstrations proposés aux étudiants

— Boucles analogiques numériques.
— Mise en rapport de l’imprimé à l’interaction avec d’autres médiums.
— Mise en place de dispositifs.

De l’écran à l’encre

L’écran n’a habituellement pas le droit de citer dans l’œuvre finale, puisqu’il n’est souvent qu’un intermédiaire, transparent ou opaque, traversé ou masqué, occulté ou négligé, au profit exclusif de ce qu’il véhicule ou rend visible. Or il s’avère que lui aussi conditionne, à sa manière, ce processus de «monstration» indissociable de l’image imprimée. La sérigraphie présentant cette caractéristique d’arracher, au sens propre, l’image à l’écran lors de l’impression. L’image n’existe que de manière « latente » en deçà de l’écran. Il s’agira de mettre à plat la réalité du filtre.

Exercices et démon rations proposés avec les étudiants

— Travailler directement l’émulsion à l’écran, sérigraphie direct
— Les conditions d’une quadrichromie

Faire surface

Les faces de l’écran contre la face du papier, vers une histoire de couches (j’ai longtemps travaillé avec Pierre Di Sciullo sur un atelier qui avait pour titre « couche par couche » qui interrogeait la construction de l’image imprimée : aplat, trame, recouvrement, transparence…) exercice au terme duquel, on comprend le travail sérigraphique comme l’agencement d’une surface pluristratifiée. On pense au travail des graphistes français Helmo,Stratigraphies) même si le regard figuratif perçoit comme une seule couche, en la dématérialisant puisqu’il s’y intéresse sans la décomposer. Cependant comme le disais Jochen Gerner : « Nous maquettons et sur-imprimons en permanence notre écran personnel mental »

Exercices et démonstrations proposés aux étudiants

— Couches par couches
— Les calques sous Photoshop comme des strates —Reprendre des images, recouvrir, ré-activer, recouvrir etc…

Voir le travail de Saul Leiter (series T de 1959) par exemple et dans une autre dimension le travail de Pierre Huyghe sur les rates (Timekeeper 1999) ou encore Matt McCormbik Art of Graffiti Removal, 2001.

Il y a une très bonne piste à exploiter dans l’édition et sur les questions de reproductibilité, un tirage qui peut devenir unique à son tour car il est réactivé de manière différente des autres tirages…

Lumière et synthèse soustractive

Lorsque l’image n’est pas simplement produite à l’écran mais destinée à être imprimée, il convient de tenir compte des matériaux qui la composent et qui ne sont plus de la lumière mais des encres, un support, lesquelles réagissent différemment à l’incidence de la lumière.

Exercices et démonstrations proposés aux étudiants

— Le vernis sélectif
— La sérigraphie et le gaufrage — Le papier ou le mur?
— Le grain

« what You see is not what You Get »

En effet, ce n’e pas parce que l’on s’est progressivement efforcé d’étalonner rigoureusement les deux procédés (du numérique à l’imprimé) pour réduire le décalage qu’il n’y a plus de différence. Le décalage persiste dans le principe, quelle que soit l’efficience de l’appareillage mobilisé pour le compenser.

L’image numérique comme préalable à l’image imprimé

L’informatique en effet met en œuvre de l’éclairage là où l’imprimerie gère de l’encrage. Rapprocher ce qui serait du domaine de la vision (et donc d’un point de vue aristotélicien de l’idée) et ce que l’on obtient (la matière, palpable), procède d’une tentative de négation des différences. Par une attention plastique, nous chercherons précisément à mettre en évidence ce qui les distingue, en insistant sur la spécificité des techniques respectivement mises en œuvre.

À la fluidité constante de la lumière correspond une liquidité variable des encres. Produire de l’image avec l’aide de l’outil informatique nous réduit à maîtriser une technique sophistiquée d’éclairage en lieu et place de peintures, de produits révélateurs ou fixateurs, et autres marteaux et burins. La simulation qui caractérise la conception assistée par ordinateur a été déjà largement commentée. Mais toutes les images ainsi produites n’ont pas pour finalité ultime d’être affichées à l’écran. Cet atelier aura pour enjeu la gestion du passage d’une modélisation logicielle rendue visible à l’écran vers une technique d’impression. Il s’agit de choisir le point de vue et l’angle les plus appropriés pour une visualisation non plus en simulation des trois dimensions à l’écran, mais couché à plat sur papier. Chaque technique procède à un découpage de l’image en éléments qu’elle peut traiter. Ainsi l’unité minimale n’est pas la même selon la technique que l’on utilise : la lithographie procédant par plages colorées, l’unité minimale sera un point tracé, alors que pour l’ordinateur c’est le pixel…

Exercices proposés aux étudiants

— Le sample
— Les trames analogiques, les trames numériques
— Imaginer des productions qui mobiliserait deux voir trois techniques différentes
— Rejouer les couleurs/le glitch

Serendipité

Il sera mis en avant l’idée de l’atelier comme laboratoire et espace d’expérimentation. Le travail sur écran informatique mis en relation avec le travail sur écran de sérigraphie c’est faire apparaître aussi des relations complexes entre le propre et le sale, le sec et l’humide. Le propre et le sec sont devenus des conditions nécessaires au fonctionnement des nouvelles technologies, alors que les technologies rétrogradées au ade d’« anciennes » comme la sérigraphie et beaucoup d’autres pratiques se développaient en milieux humides, produisant sa propre poussières, tâches et autres grains de sables qui désormais sème la terreur dans une mécanique bien huilée. Certaines pratiques artistiques contemporaines considtent bien souvent en l’évacuation des techniques humides.

Toute la technologie semble aller vers une étanchéité qui n’est pas loin, parfois, de confiner à l’aseptisation des travaux. Au repentir a succédé l’annulation, bien connue dans la combinaison des touches « Pomme + Z », ou « Alt + Z ». L’humidité et les caractéristiques qui lui sont attachées telles que l’instabilité, le risque de la dégoulinure, éventuellement de moisissures, etc. se retrouvant être artificiellement réintroduites par des effets qui l’imitent en surface. La mise en relation des différents écrans, et donc procédés de production d’images, nous permet de faire valoir contrastivement ces notions de liquidité et de solidité. La liquidité suppose un contrôle permanent de la trajectoire (jusqu’à la mettre plastiquement en scène dansle dripping). Les techniques humides, de par l’aléa, l’inconfort et l’insécurité qu’elles imposent à l’opérateur, ont aussi pour force cette imprévisibilité qui contraste avec la sécheresse présente dans de nombreux travaux produits sur ou pour des écrans.

Une pratique plastique de la sérigraphie, à l’instar d’un de ces célèbres représentants Andy Warhol, promeut le découpage de l’image qui révèle la manière dont la technique procède. Il désamorce là encore l’illusion et affirme la réalité plastique de l’image sérigraphique au détriment de l’intégrité, qui passe pour être la « qualité optimale » dans une visée simplement pratique.

Exercices et démondtrations proposés aux étudiants

— Changer les encres, changer les médiums — établir des protocoles différents.
— Le hasard, l’accident, le glitch.
— Les macules la transparence du papier l’envers/l’endroit

Références bibliographiques

Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Bibliothèque de Philosophie contemporaine, Quadrige, Presses Universitaires de France, Paris, 1957, réédition 1981,. p. 10.

«Le monochrome dans son être digital et analogue »

Le but de la recherche est d’imprimer les 256 variations de noir au blanc qui existent dans un byte ou sur un écran d’un ordinateur. Le résultat de l’œuvre 1/256 256/256, 256 different kinds of black. C’est un monochrome qui existe en 256 sérigraphies différentes entre le blanc et le noir. La même œuvre existe aussi en livre qui explore également dans la monochromie l’impossibilité fondamentale de fixer les sens d’une façon statique.

Comment donner des ordres à l’ordinateur plutôt qu’en recevoir? Les logiciels graphiques ont tendance à formater la conception graphique.

Afin de prendre une saine distance avec l’ordinateur, il était proposé aux étudiants de 3e année en design graphique de décomposer une image en séquence : couleur recouvrement matière, trame. Dans un second temps, il s’agit de recomposer cette image couche par couche au moyens technique simples d’impressions comme le pochoir, la xylogravure, l’impression à la main, le monotype.

L’objectif de ce workshop est de sensibiliser les étudiants aux différents procédés d’impression, de laisser la part belle à l’improvisation, de les faire entrer dans l’épaisseur de l’image imprimée en leur faisant transférer des techniques (le travail de couches superposées) d’un médium à un autre, pour qu’ils puissent en fin de compte concevoir différemment leur images.

Exposition au Portique, Une Saison Graphique 2013, Le Havre

Catalogue d’Une Saison Graphique 2013, Franciscopolis éditions